Jean-François Cavro

« Le savoir occidental tente, depuis vingt-cinq siècles, de voir le monde. Il n’a pas compris que le monde ne se regarde pas, il s’entend, il ne se lit pas, il s’écoute. »[1]

Jean-François CAVRO est diplômé du Conservatoire National de Région de Lyon et du Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon en composition instrumentale, électroacoustique et informatique musicale. Il est titulaire d’un Master II en Musicologie Recherche. Son travail de recherche sur les représentations sonores urbaines et son activité de compositeur sont intimement liés.

Il se présente comme artiste du sonore en développant un vaste projet sur les paysages sonores, mémoire vivante du monde contemporain. Ce travail s’inscrit dans une réalité urbaine. Son approche de musicien ouvre un champ autre à la lecture classique d’une ville : il nous révèle les sons et la voix de la ville. Par une exploration passant par la collecte d’instantanés sonores, il élabore une cartographie nouvelle. Elle alterne des échelles de sons diverses partant du fond sonore général d’un hall de gare jusqu’au détail comme la voix d’un marchand ambulant dans la rue… vrai puzzle ou kaléidoscope sonore renvoyant aux multiples facettes et images urbaines. Il définit la ville non seulement comme un lieu mais aussi comme une accumulation de mouvements pluriels et d’expériences simultanées. La ville est un véritable palimpseste où se lisent les couches de l’histoire : les bâtiments gardent en eux une mémoire. Ils sont les témoins d’une époque, d’un temps passé, présent ou futur. À l’inverse l’environnement sonore est oublié, fugace, éphémère. Jean François CAVRO fixe cette mémoire sonore en perpétuelle transformation et nous permet de l’analyser et de mieux comprendre ainsi notre société. Celle-ci est de plus en plus urbaine, les sons industriels remplacent un par un les sons naturels. Les villes s’étalent dans une péri- urbanisation. Jean François CAVRO nous éclaire, par sa démarche, sur l’évolution de ce phénomène. Par ses constats et questionnements il peut donner des réponses et des orientations à suivre pour les acteurs de la ville. Par son travail minutieux de construction et de déconstruction sonore, le compositeur nous pose ainsi les questions : “Aujourd’hui où vivons-nous et que devons-nous écouter ?”. Cette simple question constitue peut-être tout l’enjeu d’une composition musicale conçue dans une réalité sonore urbaine : témoigner du génie sonore des villes. Une telle prise de conscience peut sans doute contribuer à révéler la vigueur des lieux dans lequel nous vivons.

CAVRO-SriLanka

Quelques pistes pour la résidence mission :

– L’errance, la dérive et le génie des lieux 

« Naples, New York, Los Angeles, Tokyo, telles sont les terribles musiques de notre temps. »[2]

Le xxième siècle aura vu le glissement de l’art des notes à l’art des sons, puis de l’art des sons à l’art des bruits et enfin de ce dernier à la grande rumeur anonyme de la vie.

Parce que le son c’est la vie, parce que nous n’entendons pas seulement ce que nos oreilles perçoivent, alors le compositeur, véritable plasticien du son se doit d’imaginer la mise en forme, en espace, en abîme d’un matériau par essence éphémère qu’il faut savoir capter, apprivoiser et réorganiser.

L’approche paysagère est ainsi au centre de mes préoccupations et mes travaux in situ s’intéressent avant tout aux espaces habités et traversés par l’Homme. Par la collecte d’instantanés sonores, la conception de portraits, d’installations propices à des déambulations, la mise en œuvre d’espaces, stéréophonique ou en multidiffusion pour le concert, la radio ou l’internet ; mais également en collaboration avec d’autres disciplines (danse, photographie, théâtre, court-métrage cinéma et vidéo) dans le cadre d’exposition ou du spectacle vivant ; le territoire est une source intarissable de gestes spatio-dynamiques, de matières à sculpter, à modeler et de signifiants avec lesquels jouer.

CAVRO-Pondicherry-2

J’ai eu l’opportunité de développer, dans le cadre de ces divers projets sur la thématique du territoire, une pratique personnelle de la « posture d’écoute », à la fois instinctive, empirique et rationnelle afin d’écouter puis de recueillir des « traces » et « empreintes » sonores dans le but d’en remodeler les éléments.

Je propose, dans le cadre de cet appel à résidence-mission, de sensibiliser les publics à notre paysage sonore quotidien, tout d’abord par la découverte de mes travaux sonores et musicaux puis, par l’apprentissage et la mise en œuvre participative d’une série de « postures d’écoute » in situ. Cette proposition revêt un caractère « collectif » car le public concerné (scolaires, enseignants, éducateurs, acteurs du territoire, etc.) prendra une part active à sa mise en œuvre ; par la prise de parole mais aussi par l’invitation à des déambulations ainsi qu’à des découvertes de lieux inouïs (jamais entendu auparavant). Il s’agit ici, pour ma part, de transmettre un savoir acquis depuis plusieurs années avec une volonté de répondre aux interrogations suivantes : pourquoi et comment écouter le monde qui nous entoure. Pour apporter des éléments de réponse, nous devons tout d’abord questionner notre environnement par le prisme de notre discipline et avec l’aide des outils mis à notre disposition :

– Comment analyser et décrypter notre paysage sonore quotidien.

– Comment convertir le monde extérieur (une ville, un territoire) en son ?

– Comment collecter les sons, avec quels outils capter le monde via le médium sonore ?

– Comment transcender la ville en une forme musicale définie ? Et enfin,

– Comment « donner à entendre » la réalité de la ville ? Si nous convenons avec Le Corbusier que « la ville est une création », alors écouter la ville, le territoire est-il un spectacle ? Peut-il se traduire par l’acte du concert, au travers une installation sonore ou encore par le biais d’outils multimédia ?

Répondant ainsi au cahier des charges proposé, il s’agit bien, à travers l’œuvre d’un créateur et par l’approche au travail méthodologique sur le territoire via le médium sonore, d’éveiller les enfants (jeunes et moins jeunes) à notre environnement « naturel » quotidien (qu’il soit rural ou urbain), à les inviter à observer, nommer et hiérarchiser les multiples manifestations du phénomène sonore, à découvrir et appréhender le « génie » des lieux puis, via les technologies d’enregistrement, de reproduction et de transformation du son, à envisager des utopies possibles afin d’apprendre à « ré-enchanter » nos villes.

CAVRO-Bamako

Liens vers les travaux de Jean-François CAVRO :

https://mtwws-orvkns.tumblr.com

https://clochers42.wixsite.com/clochers42

https://projetson2017.tumblr.com

A voir et écouter : « Mariage ? ou le ciel s’est dérobé sous mes pieds… » :

https://vimeo.com/199867746

A écouter : « L’Abbé Muller »

https://soundcloud.com/user-187715495/labbe-muller

à écouter : « Le tour du monde en 80 jours – l’étape indienne »

https://www.youtube.com/watch?v=o4u5W-Tji98&t=22s

A consulter :

https://ama-parc.tumblr.com

[1] Attali (Jacques), Bruits, Paris : Fayard, 2001, page 11.

[2] Quignard (Pascal), La Haine de la musique, Paris : Gallimard, 1997, page268.

 

Contacts : jfc.cleadumontreuillois@gmail.com

 

 

 

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