Écriture de fictions au lycée Jan Lavezzari de Berck-sur-Mer avec Christophe Martin

Christophe Martin a travaillé avec la classe de Première L du lycée Jan Lavezzari de Berck-sur-Mer. Les élèves avaient déjà effectué un premier travail sur la guerre 14-18 avec leur professeur d’histoire-géographie, Florent Filippi, en imaginant des correspondances de soldats. Christophe leur a demandé de faire des recherches familiales sur cette période et de se documenter sur des aspects de cette guerre qui les touchaient. Puis chacun a imaginé, commencé, et pour certains terminé, un projet de fiction, dans le genre souhaité : roman, nouvelle, journal, poésie, roman graphique, théâtre, synopsis, etc. Voici quelques extraits des textes produits.

Point de départ d’un grand changement

(extrait)

 Marine Pozzi

 Première partie

 I

Aujourd’hui je me suis réveillée assez tôt. Pourtant je suis épuisée, les préparatifs nous prennent beaucoup de temps, ils m’occupent l’esprit et parfois coupent mes conversations. J’ai fait très attention à ne pas réveiller Henri en me levant. Il ne m’aurait rien dit si je l’avais fait, mais j’aime le voir endormi, tranquille. Il n’y a que quand il dort qu’il ne s’agite pas. Les jours sont courts pour nous, mais nous sommes très heureux. Après notre mariage, je nous imagine bien avoir une enfant ; une petite fille, qui aurait les beaux yeux verts de son papa. Pas les miens, ils sont trop ternes. Mais qu’importe, elle sera magnifique à sa manière. Henri, lui, souhaiterait avoir un garçon, parce qu’il dit qu’il ne saura pas s’y prendre avec une fille. J’essaye de le rassurer, en lui disant que les liens père-fille sont très forts. Mais sa seule réponse est un haussement d’épaules.

Demain, nous recevrons la famille d’Henri pour manger et parler du mariage. Il faut donc que j’aille faire quelques commissions. Je me prépare, puis en attrapant mon panier je jette un dernier coup d’œil à mon futur mari ; toujours bien endormi, le nez dans son oreiller.

L’épicerie se trouve à environ 600 mètres de notre nouvelle maison. J’aime beaucoup les habitants de ce petit village. Ils sont très accueillants, et toujours souriants. La ville ne me manque pas vraiment. Henri et moi pensons qu’il est plus favorable d’élever un enfant dans un endroit calme et serein. Et puis comme Henri est maître d’école, il n’a pas eu beaucoup de mal à trouver du travail. Des écoles il y en a de plus en plus. J’espère que nous nous plairons ici.

(…)

Deuxième partie

 II

Nous sommes arrivés à la gare. Le train était déjà bien rempli d’hommes. Il attendait immobile. Le moment tant redouté arriva ; la séparation… Dans une dernière étreinte, Henri me dit une chose que je savais déjà, et qui était totalement réciproque. Je dus difficilement lâcher sa main. Je le vis monter dans le train, y prendre place quelques mètres plus loin, devant une fenêtre. Je ne sais si c’était le soleil ou une poussière, ou bien autre chose, mais il me semblait que ses yeux brillaient. Peut-être était-il en train de pleurer. Rien qu’à cette seule pensée, j’eus les larmes aux yeux. Le sifflet retentit, la locomotive cracha sa fumée blanche, les roues se mirent à bouger, le train avança… Henri me fit de grands signes, je lui répondis par les mêmes grands signes. Les femmes et les enfants se mirent à crier des « Je t’aime ! », « Reviens vite ! », « Fais attention à toi ! ». Henri était déjà loin. Je n’arrivais plus vraiment à distinguer sa main de toutes les autres qui passaient par les fenêtres du train.

Dans la petite gare de Montreuil, il n’y avait plus grand monde. Les femmes, les enfants étaient sur le chemin du retour. Je ne sais pas combien de temps je suis restée là, seule. Peut-être quinze, trente minutes, je ne sais pas… Je me sentais perdue. Je n’avais pas envie de rentrer dans une maison vide…

 

Ma Gueule Cassée

Joséphine Gonsseaume

 

Jeune je me suis engagé

Avec l’espoir que tout s’arrêtera

J’ai quitté ma bien aimée

Et la foi guidait mes pas

C’est dans un feu d’artifice

Que le sol et le ciel se sont embrasés

J’étais dans la tranchée

Quand mon corps s’est soulevé

La lumière me brûlant les iris

Comme frappé par la foudre

Mon visage semblait se dissoudre

Comme un mirage mon épouse m’apparut

Ma chair endolorie se retrouvait à nue

J’étais au sommet de ma jeunesse

Maintenant je ne suis que tristesse

Je ne suis qu’un être défiguré

Délaissé de toute beauté

Je me sens comme Gwynplaine

Je suis une âme en peine

Mon épouse ne me sourit plus

Nous avons gagné la guerre

Mais moi j’ai tout perdu

 

Cet animal méprisé : le poilu (journal)

 (extraits)

 Améliane Marsal

 A vous…

La Guerre ! Une affaire de quelques semaines, ils nous ont dit ! Nous sommes le 30 Juin 1915 ! Quelle honte. Cette guerre est pitoyable, minable ! On se tue, nous semblables. Qu’avons-nous de moins qu’eux, et qu’ont-ils de plus que nous ?! Quelques semaines oui… Le soldat qui a touché mon père a eu quelques semaines de sursis ! Mon père mort… voilà sans doute pourquoi j’écris… Je suis un homme, mais pour combien de temps encore ? On se tue comme des animaux. Papa… tu n’auras donc pas vu ton petit-fils grandir, ni même nous, tes fils. Richard est encore là, il est désormais tout ce qui me reste ici. J’essaie de veiller chaque jour, chaque nuit sur lui. J’essaie de le protéger mais je suis impuissant. Papa, veille sur lui, veille sur Léo ton petit fils adoré. Que Dieu protège Léo, Richard et ma Suzie. J’en veux au monde entier de t’avoir pris, mais je me console en me disant que maman ne sera plus toute seule là-haut désormais. 

Marc

 Sommeil…

Quand vas-tu revenir ? Des semaines et des semaines que je n’arrive plus à dormir. Je veille sur Richard, il est si innocent, à 18 ans on ne devrait pas vivre ça… Nous sommes en Août, le soleil cogne sur nous. La chaleur est intenable la journée, mais la douceur de la nuit ne convient pas à nos états d’esprit. Dans l’obscurité lorsque tu devrais montrer ton nez, une vague d’angoisse me submerge alors tu préfères me contourner. Tu ne me laisses pas la possibilité de trouver une échappatoire, tu me laisses transi et assoiffé. Je t’en veux car tu me laisses entendre, dans l’obscurité qu’est la nuit, les coups de pioche des soldats allemands sous mes pieds, je ne sais jamais si c’est pour aujourd’hui, pour moi, pour Richard ou une autre victime. C’est égoïste mais je prie, je prie pour que ce soit cet autre. Envoûte-moi sommeil même si ce n’est que pour un temps. Laisse-moi me reposer aux creux de tes bras.

Marc

 Le jeu de la vie…

A toi stupide Homme, tu ne mérites plus ce juste titre à l’heure d’aujourd’hui. Certains parlent de devoir, moi je parle de bêtises humaines. Pourquoi parler de Devoir lorsque celui-ci n’a pour but que de nous éliminer un par un et de nous faire souffrir. Richard se demandait l’autre jour pourquoi le peuple doit se battre pour la décision que de gros politiques prennent alors qu’ils ne viennent pas du même « monde » ? Je ne savais pas vraiment quoi lui répondre. Mais désormais je sais, nous sommes en décembre 1915 et je sais pourquoi car nous ne sommes que de vulgaires pions sur l’échiquier de la vie. Nous ne sommes ni la dame ni le roi ni un simple Valet non, juste les petits pions insignifiants. Je voudrais dire à Léo mon petit garçon adoré, qu’il ne soit pas triste pour une chose devenu désormais insignifiante : La Vie… Les échecs sont nombreux mais il ne faut pas que tu t’attardes dessus, remets ton échiquier en place et tache de gagner la partie suivante. Sache aussi mon garçon que dans une société immorale l’action ne peut être grande.

Marc

 

DSC06496 cimetièreindienmontreuil

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s